NEW LETTER Plantes&Vie - novembre 2013 Processus inflammatoire: de l'utilité aux pathologies chroniques, les mécanismes biologiques de l'action des plantes
Le but de cet article technique est de situer le rôle très large de l'inflammation comme
facteur de santé et de mettre en lien ses mécanismes biologiques reconnus avec des
plantes alimentaires ou médicinales. L'inflammation est un processus physiologique de
défense tissulaire en cas d'atteinte de l'intégrité organique. Elle a lieu en cas d'agressions
physiques (température, radiations, blessures, acidité ou alcalinité) ou infectieuse (virus,
bactéries, spores). Notre système immunitaire envoie alors des cellules spécialisées, par
exemple les mastocytes, qui libèrent des médiateurs chimiques (histamine, cytokines
etc.) qui favorisent un afflux de sang provoquant rougeur-chaleur-œdème-douleur. Le
but de ces réactions est de faire face à l'agression, de la neutraliser, de nettoyer le
terrain et de reconstruire les cellules détruites.
De plus en plus souvent à notre époque, cet état inflammatoire normal peut persister de
façon durable et invisible à l'œil nu en provoquant des douleurs chroniques et/ou en
faisant le lit de beaucoup de pathologies actuelles1.
Des niveaux élevés de métabolites de l'acide arachidonique* sont alors détectables dans
le sang selon 2 voies enzymatiques particulières2 :
- COX-Voie des cyclo-oxygénases (prostaglandines 2, thromboxane)
- LOX-Voie des lipo-oxygénases (leucotriènes, HETE).
Schéma tiré de l'ELPM (Ecole Lyonnaise des Plantes Médicinales, "Les plantes du système ostéo-articulaire"
eicosanoïdes eicosanoïdes
*L'acide arachidonique (AA) est un acide gras oméga 6 présent au niveau des
membranes cellulaires. Les arachides, le jaune d'œuf et les graisses animales en sont
des sources directes. L'AA, parce qu'il est utilisé dans la synthèse d'eicosanoïdes** de
série 2, est biologiquement indispensable en quantité adaptée et assure la cicatrisation,
la guérison des blessures et contribue aux mécanismes des réactions allergiques.
De nombreuses études ont établit le lien entre un niveau élevé de LOX et des pathologies
comme le cancer, l'Alzheimer, le diabète II, certaines maladies neurodégénératives et
cardio-vasculaires, l'asthme etc. De même un niveau élevé de COX se retrouve
systématiquement dans les douleurs chroniques et favorise la prolifération des cellules
**Les eicosanoïdes constituent une vaste famille de dérivés d'oxydation d'acides
gras polyinsaturés à 20 atomes de carbone. Ce sont généralement des médiateurs
chimiques (hormones autocrines ou paracrines). Parmi ceux-ci, nous trouvons par
exemple les prostaglandines, les thromboxanes, les leucotriènes.
"Si le corps est soumis à une exposition prolongée à des facteurs toxiques ou infectieux,
la machine s'emballe, donnant naissance à un état d'inflammation qui perdure. Cette
inflammation chronique est le résultat de l'action de trois catégories de substances: les facteurs de l'inflammation, l'insuline et le cortisol." Dresse C. Serfaty-Lacrosnière • Les facteurs de l'inflammation: l'agression commence par l'exposition à un toxique
par exemple d'origine alimentaire ou médicamenteuse, de pollution ou simplement par
répétition d'une prise alimentaire trop grasse et saturée à d'index glycémique trop
élevée4. La libération de l'acide arachidonique cité plus haut est intimement lié à ce qu'on
appelle le stress oxydatif. Celui-ci est à la base, produit par la combustion dans notre
organisme, l'oxydation obligatoire à la vie, qui génère les fameux radicaux libres. Exposé
à des situations qui augmentent leur fabrication, le corps est débordé. De graves
modifications cellulaires peuvent se produire aboutissant à la destruction des tissus, le
processus inflammatoire chronique est lancé. C'est "l'agression" initiale qui va activer le
métabolisme de cet acide en substances médiatrices de l'inflammation. • L'insuline: lors de prise régulière de sucres rapides, la glycémie monte trop vite.
L'insuline est hyper sécrétée. Elle libère de l'IGF (facteur de croissance) qui favorise les
cellules cancéreuses 5 et augmente la production d'acide arachidonique. • Le cortisol: à la base "anti-inflammatoire et protectrice", son action en cas de
sécrétion excessive due aux stress prolongés favorise la baisse des défenses
immunitaires, la déconstruction de l'organisme et donc son état inflammatoire chronique. • Une perméabilité intestinale anormalement élevée accompagnée de dysbiose
bactérienne intestinale (une modification pathologique de la flore) favoriserait aussi le
processus en permettant le passage de molécules et de germes indésirables ainsi que la
synthèse de substances agressives6. Un mode alimentaire appauvrie en fibres, trop riche
en matières grasses et en protéines animales, la prise de médicaments chimiques
(diclofénac, ibuprofène, aspirine etc.)7 , ainsi que pour de plus en plus de personnes, le
gluten et le lactose augmentent cette perméabilité. Traiter l'inflammation chronique par l'apport végétal
Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, nous pouvons constater que l'hygiène de vie:
l'alimentation, la gestion des stress et l'activité physique, l'absorption de substances
indésirables sont à considérer de façon très sérieuse dans l'optique d'une médecine de
prévention digne de ce nom. Tout ceci oriente directement le processus inflammatoire et
c'est un véritable pouvoir entre les mains de chacun.
L'approche anti-inflammatoire découle des premières découvertes de l'impact de certains
aliments (années 80) sur la production de molécules pro-inflammatoires et de la
découverte d'un marqueur mesurable de l'inflammation dans le sang, la CRP 8. Elle
devrait constituer une voie de recherche très prometteuse à l'avenir. De nombreux
médecins dont les Dr J. Seignalet, A. Weil, R. Béliveau, D. Servan-Schreiber, C. Serfaty-
Lacrosnière proposent une démarche alimentaire ayant des effets mesurables sur
l'inflammation chronique et les pathologies associées. Celle-ci intègre généreusement
l'apport végétal comme traitement. Les plantes médicinales agissent principalement comme inhibiteurs des enzymes Cyclo (CO) et Lipo-oxygénases (LO), permettant d’inhiber les deux voies
majeures de la production de substances pro-inflammatoires.
Des phytonutriments spécifiques (des antioxydants entre-autres) et un ensemble de
principes actifs contenus dans la plupart des végétaux auraient la capacité de réduire la
cascade inflammatoire. Tout se présente dans les végétaux comme si nous avions
systématiquement avantage à considérer la plante ou les plantes associées dans leur
totalité pour en recueillir le bénéfice, tout les éléments phytochimiques s'associant pour
Sur le schéma représenté, nous pouvons constater que les médicaments chimiques anti-
inflammatoires ANS (Anti-inflammatoires Non Stéroïdiens) et les cortico-stéroïdes
agissent de façon très proche. Ils ont l'avantage d'être très puissants mais ont de gros
effets secondaires et ils ne renforcent pas le Terrain, ils créent aussi une accoutumance.
Ils s'avèrent surtout utiles en cas de problèmes graves et aigus lorsque aucune autre
Avant d'évoquer les plantes médicinales stricto- sensu, il nous faut parler
brièvement de 3 fondements indispensables de l'équilibre alimentaire. 1. Diminuer l'apport d'oméga 6. Les oméga 6 et les oméga 3 sont deux
en général que le rapport oméga- 6/oméga-3 dans
Les omégas 3 sont contenus dans un rapport très
graines de lin et les noix, les poissons gras, il
suffisance quotidiennement afin de favoriser la
(prostaglandines anti-inflammatoires). 2. Il est en outre indispensable de se préoccuper de l’impact du stress oxydatif
qui favorise le « terrain » de l’état inflammatoire chronique. Les antioxydants
contenus dans les végétaux colorés (tomate, petits fruits, choux, thé vert, cacao
etc.) consommés régulièrement et en suffisance, limitent l’agression cellulaire et
voie de conséquence la production d’acide arachidonique. 3. L’équilibre acido-basique versus acidose tissulaire empêche l’action de
certaines enzymes, élimine des minéraux régulateurs comme le magnésium et le
calcium. En outre, l’irritation tissulaire et nerveuse favorise la sympathicotonie
pourvoyeuse d'état oxydatif, donc de libération d'histamine et d'acide
Les aliments raffinés et sucrés, les protéines animales, le café, l’excès de stress et
le manque d'oxygénation sont acidifiants. Les légumes, les fruits, la pomme de
terre, la banane, la châtaigne sont alcalinisant.
La Griffe du diable (Harpagophytum procumbens) :
contient des iridoïdes et inhibe de façon dose-dépendante
les 2 voies de biosynthèse des eïcosanoïdes (COX et
LOX). Son effet antalgique effectif et reconnu sur les
douleurs articulaires et rhumatismales mais nécessite au
préalable une prise régulière d'au moins une semaine.
Les gingérols du Gingembre (Zinziber off.) réduisent la douleur en inhibant
l’activité des enzymes COX1, COX2 et LOX5. Il favorise la circulation sanguine et
Le Curcuma (Curcuma longa) est un anti-inflammatoire puissant lié à la présence
de cucurminoïdes, son effet serait plus efficace que l'hydrocortisone.11
La curcumine est un inhibiteur du TNFalpha, ce qui valide l’emploi de la plante
dans les pathologies inflammatoires articulaires mais aussi dans les maladies
inflammatoires de l’intestin et la prévention du cancer.
Les acides triterpéniques (acide boswellique) de
l’extrait de Boswelie (Boswelia serata) sont
capables d’inhiber de manière spécifique la LOX5,
l’enzyme clé de la biosynthèse des leucotriènes,
justifiant son utilisation dans le traitement de
l’arthrite, de l’asthme ou de la bronchite chronique.
D’autres plantes connues pour leur effet anti-inflammatoire
agissent par le même mode d’action, c’est le cas des extraits
d’Ortie (Urtica dioica) et de la Griffe de chat (Uncaria
tomentosa) traditionnellement utilisées dans le traitement de
De nombreuses plantes et en particulier celles de la famille des Lamiacées
comme la Mélisse, le Romarin , le Thym, le Basilic, la Marjolaine mais aussi le Sureau (Sambuscus nigra) ou les feuilles d’Olivier (Olea europea) contiennent
des triterpènes tétracycliques comme l’acide ursolique et oléanique aux propriétés
anti-inflammatoires ; ces triterpènes inhibent l’activité de la LOX5 et de la COX2,
mais sont aussi capables d’inhiber le NF-KB (facteur de réponse immunitaire et de
- Les acides alpha du Houblon (humulone, cohumulone, isohumulone ) inhibent
efficacement l'activité de la COX-2. Une préparation standardisée (IsoOxygène®)
de la plante aurait des effets comparables au Celebrex® et donc une effet sur la
- La lutéoline, présente largement dans le monde végétal, possède une puissante
anti-inflammatoire en particulier sur le colon. Elle agit sur le TNF-
alpha et d'IL-813, la libération d'histamine, de leucotriènes et de PGE2. On en
trouve dans le Céleri, la Carotte, le Poivron, le Pissenlit, la Menthe.
- La pipérine du Poivre noir inhibe le NF-kB et l'expression des gènes des
inflammatoires. 14 Elle renforce la biodisponibilité des
nutriments, aide à traiter les allergies,
inflammatoires et la douleur d'une arthrite.
- Les salicylates de la Reine des Prés (Filipendula ulmaria) agissent
en inhibant les COX1 et COX2 et donc en limitant les eicosanoïdes
PGE2 et les thromboxanes. Ceci lui confère des propriétés anti-
inflammatoires et analgésiques efficaces contre l'arthrite, en outre, la
reine des prés diminue l'acidité de l'estomac ainsi que celle de
- Les saponosides triterpéniques (glycyrrhizine, acide
glycyrrhétique) de la Réglisse (Glycyrrhiza glabra) inhibent
l'action du NF-KB, des CO et LO. Ils augmentent naturellement le
cortisol et de certaines hormones stéroïdiennes; la
flavonoïde limite la production de PGE2,
L'ensemble de ces actions aboutissent donc
à une réduction des eicosanoïdes. Ceci fait de la réglisse une
plante puissamment anti-inflammatoire indiquée spécialement au
appareils digestifs, respiratoires et secondairement articulaires. Conclusion
Les mécanismes de l'inflammation et de la douleur sont liés. Traiter un état
inflammatoire permettra souvent de diminuer et plutôt dans un deuxième temps, des
symptômes douloureux, ceci d'autant plus facilement qu'il s'agira d'un problème
Nous devons envisager l'inflammation comme salutaire à la base. Il faut différencier
l'inflammation chronique à bas bruit et l'état inflammatoire local et aigu. Bien que la
première favorise régulièrement l'expression de la deuxième, comme un champ de mines
qui s'installe. Les inflammations aigues auront alors plus de fréquences et d'intensité.
On traitera prioritairement l'inflammation chronique par des corrections alimentaires et
d'hygiène de vie accompagnée de certaines plantes protectrices et drainantes. Lors de
poussées inflammatoires aigues, on pourra prendre de façon intensive et régulière
quelques unes des plantes présentées ici. Le succès dépendra de la rigueur des prises et
de la forme galénique, les extraits standardisés (teintures, EPS, gélules) étant plus
précises. Les huiles essentielles peuvent être à ce stade d'une grande aide mais nous ne
pouvons aborder leur utilisation ici.
Mieux vaut donc prévenir que guérir et anticiper l'arrivée d'une maladie sérieuse,
l'alimentation, les plantes médicinales nous le permettent. Il est maintenant attesté
qu'agir sur l'inflammation chronique devrait permettre d'intervenir naturellement sur le
processus de pas mal de maladies de civilisation.
Je vous invite à lire mon dernier livre à ce sujet: L'Urgence d'une alimentation saine, Edition Amyris. Jacques Fontaine Association Plantes&Vie - Novembre 2013 1 Serfaty-Lacrosnière C., 2010, Les secrets de l'alimentation anti-inflammatoire, Albin
2 ELPM, cours de phytothérapie, le système ostéo-articulaire, p33
4 Serfaty-Lacrosnière C., 2010, Les secrets de l'alimentation anti-inflammatoire, Albin
5 Fontaine J., L'Urgence d'une alimentation saine, 2013, Ed. Amyris, p. 76
6 Holistica, 2012, Inflammation et neurologie-Dossier N°2
7 Maladies auto-immunes, Dossiers Santé et Nutrition N°19-avril 2013
8 http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/Regimes/Fiche.aspx?doc=dr_weil_regime
9 Kris-Etherton PM, Harris WS, Appel LJ. Fish consumption, fish oil, omega-3 fatty acids,
and cardiovascular disease. Circulation. 2002 Nov 19;106(21):2747-57. Texte
10 Simopoulos AP. Essential fatty acids in health and chronic disease. Am J Clin Nutr.
1999 Sep;70(3 Suppl):560S-569S. Review. Texte intégral : www.ajcn.org
11Larousse des plantes médicinales, 2010, p.92
12http://www.nutranews.org/sujet.pl?id=972
13 Kim J. et al., Inhibitory effect of luteolin on TNF-alpha-induced IL-8 production in human colon
epithelial cell, Int. Immunopharmacol., 2005, 5:209-17. 14 Pradeep C.R. et al., Piperine is a potent inhibitor of nuclear factor-kB (NF-kB), c-fos,
CREB, ATF-2 and proinflammatory cytokine gene expression in B16F-10 melanoma cells,
International Immunopharmacology, 2004, vol. 4, n°14, 1795-1803. 15Larousse des plantes médicinales, 2010, p.100
16Institut Européen des substances végétales IESV. Réglisse, monographie.
Malaria Group / Section Antiparasitic Chemotherapy of the Paul-Ehrlich-Society (PEG e.V.) in cooperation with the German Society for Tropical Medicine and International Health (DTG e.V.) and the German Society for This work is licensed under a Creative Commons Attribution-Noncommercial-No Derivative Works 3.0 License. Address of the editor: PD Dr. Gabriele Pradel Institute of Mo
1. Abraham J, Sheppard J, et al. Rethinking transparency and accountability in medicines regulation in the Unites Kingdom. BMJ 1999 ;318(2):46-7. 2. Ferriman A. Supply of generic drugs still unreliable. BMJ 2000 ;320:1624. 3. Beeley N, Berger A. A revolution in drug discovery. BMJ 2000 ;321:581-2. 4. Walton R. Computer support for determining drug dose: systemic review and meta-analysis.